05 janvier 2008
Oxalá House : Une résidence militante pour un tourisme responsable
7 bungalows, une piscine et la mer à portée de vue...
Ile de Djerba - Zone de Sidi-Mehrez (Tunisie)
« Un tourisme durable doit être supportable à long terme sur le plan écologique, viable sur le plan économique, équitable sur le plan éthique et social, pour les populations locales (...) La compréhension et la promotion des valeurs éthiques communes à l'humanité, dans un esprit de tolérance et de respect de la diversité des croyances religieuses, philosophiques et morales, sont à la fois le fondement et la conséquence d'un tourisme responsable.»
(Charte du tourisme durable de l'OMT, adoptée en 1995)
Oxalá House est la première résidence de tourisme équitable / socialement responsable s'inscrivant dans le projet Tingitingi®.
Nous avons conçu cette résidence comme un pied de nez au tourisme de masse avec sa variante galopante « The All-Inclusive »... une provocation au mastodonte dans son propre berceau : Djerba!
Oxalá (qui se prononce ô-cha-lâ) est une interjection portugaise dérivée du mot arabe « Inchallah », une expression d'espoir mêlé d'humilité.
Tingitingi® est le mot Swahili (se prononçant tïngui-tïngui) pour désigner une passerelle. Un mot rapporté cette fois-ci d'Afrique de l'Est (zone du Sahel), projetant dans le tissage de relations directes entre hommes et femmes de cultures différentes, les fondements d'un monde solidaire.
Le label Tingitingi® vise à promouvoir un tourisme équitable, solidaire, socialement et écologiquement responsable. Un tourisme qui permet aux populations d'accueil de valoriser leurs cultures, et au voyageur de s'épanouir dans le respect de l'environnement visité, de sa diversité culturelle et de ses équilibres internes. Loger chez l’habitant (en location saisonnière, en location de vacances ou en chambres d’hôtes) n’est qu’un petit pas dans ce sens.
La résidence adhère pleinement à la charte du tourisme équitable, et favorise les contacts directs avec les populations locales. La résidence ne travaille qu'avec des communautés d'accueil autochtones et des prestataires de services locaux (travaux ménagers, encadrement d'enfants, guides touristiques, activités diverses, découverte sportive, visites culturelles et/ou thématiques...) sélectionnés pour, outre la qualité de leurs services, leur intégrité, et leur volonté de concilier viabilité économique et développement durable.
Description:
Oxalá House est une charmante résidence à l'architecture typique, bien intégrée dans son cadre verdoyant, à proximité (à 700m) de l'une des plus belles plages de l'île de Djerba. Elle bénéficie d'une vue directe sur la mer. La résidence est composée de 7 bungalows :
- Trois studios pour 2 personnes (Pemba, Lamu, Nicobar). Prix:22€ à 35€ par nuit
- Deux bungalows pour 2 à 4 personnes (Wassini et Andaman) composés d'un salon + une chambre. Prix:35€ à 52€ par nuit.
- Un bungalow pour 4 à 6 personnes (Zanzibar) composé d'un salon + 2 chambres. Prix:45€ à 69€ par nuit.
- Un duplex pour 6 à 8 personnes (Bornéo) composé d'un salon + 3 chambres. Prix:57€ à 86€ par nuit.

Les bungalows sont positionnés autour d'une piscine commune, et disposent tous de terrasses privatives et un accès aux jardins (2000m²).
Tous les bungalows sont climatisés (chaud et froid), meublés avec goût (du moins, on l'espère) et entièrement équipés (vaisselle + linge de maison, serviettes de toilettes...). Seules les serviettes de piscine/plage ne sont pas fournies.
Un lit pour bébé peut être mis à votre disposition (gratuitement). Il vous suffit d'en signaler le besoin au moment de la réservation.
Plus de détails sont disponibles dans le fichier suivant : OxalaFlyer. Quelques adresses utiles (tables, hôtels...) sont dans le fichier suivant: PracticalIssues. N'hésitez surtout pas à nous contacter afin de vérifier les disponibilités, ainsi que pour toutes informations supplémentaires.
Email : tingitingi@live.fr
Tarifs :
Tous nos prix s'entendent par bungalow et par nuit (check-in à 14h00, check-out à 12h00). Les tarifs sont fonction de la saison (Haute saison HS : Juillet / Août, Moyenne saison MS : Avril / Mai / Juin et Septembre) et sont dégressifs en fonction de la durée du séjour.
Un dépôt de garantie de 100€ (Studio) / 150€ (Salon+1C ou Salon+2C) / 200€ (Duplex) sera demandé au check-in, et restitué après avoir effectué l'état des lieux de sortie. Lit supplémentaire gratuit jusqu'à 5ans, et à 7.5€ (BS et MS) - 10€ (HS) au-delà.
Prière de nous consulter pour les longs séjours (au-delà de 2 mois).
Le ménage final est à la charge du locataire. Il lui sera possible de faire appel à un service ménager pour moins de 12€.
Les tarifs 2008 sont disponibles dans le fichier suivant : OxalaRates2008Web
Situation géographique :
La résidence est située dans la zone de Mezraya, à 15km de l'aéroport, à 8km de la capitale de l'île (Houmt-Souk) célèbre pour son port de pêche, ses souks et ses orfèvres, et à 7km du village typique de Midoun. La plage est à 700m.
Elle vous apparaîtra dans sa blancheur éclatante sur la droite de la route touristique, juste avant d'atteindre l'hôtel Radisson SAS (au niveau de l'agence Eden Tour).
Activités possibles & Services :
Randonnées à cheval, 7 km de plages préservées jusqu'à la presqu'île des flamants roses (zone protégée), activités nautiques, Golf 18+9 trous...
Autres services (ménagers, courses, garde d'enfants, cures de thalasso...) à réserver sur place.
Dans les environs :

Outre ses atouts naturels (de magnifiques étendues d'oliviers et de palmiers, d'impénétrables clôtures en terre surmontées par des agaves, des aloès et des figues de barbarie, de longues plages sablonneuses ou rocheuses), l'île de Djerba offre une multitude de spots socioculturels (des Menzels servants d'habitat traditionnel, des souks et marchés hebdomadaires animés, un folklore et des minorités actives, une centaine de petites mosquées typiques, quelques huileries souterraines encore intactes, des ateliers d'artisans en activité, des musées et des parcs à thèmes...).
Nous nous ferons un grand plaisir de répondre à toutes vos demandes d'information.
Quelques spots (mais ce qui suit est loin d'être une liste exhaustive) méritent le détour :
- Le Borj El-Kebir ou Borj Ghazi Mustapha ou encore le fort espagnol : Sur les vestiges d'un ancien fort romain, Roger de Loria, amiral d'Aragon et de Sicile, construisit en 1289 une nouvelle forteresse. Au milieu du XVe siècle, le sultan hafside, Abou Farès El Hafsi, complète la construction, qui est encore renforcée par le corsaire Dragut en 1557 et en 1560, par les Espagnols, qui y sont, la même année, assiégés et exterminés.
- La mosquée Fadhloun dont la construction remonte au 14ème siècle. La mosquée présente une architecture transcendante par sa simplicité et beauté. Son originalité réside dans le fait qu'elle ait, semble-t-il, conservé son architecture originelle.
- La synagogue El-Ghriba : Les fondations de cette synagogue remonteraient au 6ème siècle av. J.C., faisant d'elle l'une des plus anciennes au monde. Selon la tradition, la construction de cette synagogue serait liée à l'établissement sur l'île d'une colonie de réfugiés juifs fuyant les armées perses, après la destruction du Temple de Jérusalem par les Babyloniens (586 av. J.C.). Ces réfugiés auraient sauvé certains manuscrits des tables de la loi. Au 15ème siècle après J.C., la communauté s'agrandit avec l'arrivée de juifs expulsés d'Espagne par les Rois Catholiques. Le sanctuaire d'El-Ghriba passe pour être le second dans l'échelle des dévotions juives et, à ce titre, est le lieu de pèlerinage annuel (à la Pâque juive) de juifs venants du monde entier.
- L'huilerie souterraine El-Fsili à Midoun
- Les foundouks (caravan-sérails) de Houmt-Souk
- Le marché au poisson de Houmt-Souk où la vente à la criée se pratique encore et toujours.
- Le village des potiers de Guellala où quelques rares artisans continuent, contre vents et marées, à perpétuer un savoir-faire millénaire.
- Le musée de Guellala, construit sur le point culminant de l'île (50m !), vous permets de survoler la vie de l'île (scènes de la vie quotidienne, reconstitution d'activités artisanales, habits traditionnels...)
- Le musée Lalla Hadria (parc Djerba Explore) offre une riche collection d'un millier de pièces couvrant l'art arabo-musulman du bassin méditerranéen depuis le 7ème siècle.
- Le Menzel de Djerba Explore, offrant une reconstitution de l'habitat traditionnel ainsi que de quelques activités artisanales (atelier de tissage, atelier de poterie).
Et la part du rêve dans tout ça...
Oxalá House est situé sur l'île de Djerba, qui est probablement l'île enchanteresse des Lotophages, telle que contée par Homère dans l'Odyssée :
« Dès lors, neuf jours durant, je fus emporté par des vents funestes sur la mer poissonneuse ; puis, le dixième, on mit le pied sur la terre des Lotophages, qui pour nourriture ont des fleurs. Là, nous marchâmes sur le continent ; on puisa de l'eau, et, bien vite, mes compagnons prirent leur repas sur les vaisseaux rapides. Mais, quand nous eûmes mangé notre pain et bu notre boisson, alors je les envoyai reconnaître quels mangeurs de pain habitaient cette terre ; j'avais choisi deux hommes, et leur avais donné pour troisième un héraut. Et partant aussitôt, ils allèrent se mêler aux Lotophages. Ceux-ci ne voulaient point leur mort ; mais ils leur donnèrent du lotos à manger ; or, quiconque en avait mangé le fruit doux comme le miel, ne voulait plus rapporter les nouvelles ni s'en revenir, mais rester là parmi les Lotophages, à se repaître du lotos dans l'oubli du retour. Et je dus, moi, les ramener de force tout en larmes à leurs vaisseaux ; je les tirai et les attachai à fond de cale sous les bancs, et cependant je pressais les autres compagnons, qui m'étaient restés fidèles, de monter en hâte sur leurs nefs rapides, de peur qu'aucun d'eux goûtant au lotos n'oubliât le retour. Ils embarquaient aussitôt et s'asseyaient près des tolets ; puis, assis en bon ordre, ils frappaient de leurs rames la mer grise d'écume »
(IX, 82-104, trad. M. Dufour et J. Raison).
20 janvier 2008
Liens Divers
N'oubliez pas, un jour Tingitingi verra vraiment le jour... pour promouvoir une autre façon de voir le monde
En attendant, voici des liens vers les albums d'Isabelle P : Oxala House sous toutes ses coutures...
et bien sûr ses jardins...
Et si vous n'avez rien à vous mettre sous la dent, faites un p'tit tour sur :
22 avril 2008
Ils voyagent en solidaire
Je crois au tourisme responsable (au sens large du terme), mais je me méfie de toutes formes de récupération (agences gouvernementales, tour-operators, clients en quête de bonne conscience à moindre frais…). A Djerba, nous sommes encore à quelques années-lumière de ce qui se fait au Sénégal depuis les années 90. Le tourisme de masse a su occuper le terrain, privant, par la même occasion, toutes les autres initiatives de l’espace vital nécessaire à leur épanouissement. Mais l’impasse se profile à l’horizon… S’en sortir nous demandera, nécessairement, de rebrousser chemin et d’opter pour une piste alternative. Là, il ne faudrait pas qu’on foire encore une fois notre coup…
Télérama n° 3005 - 18 Août 2007 - Auteur : Thierry Leclère
Le fleuve Saloum, son delta, ses vacanciers. Dans un Sénégal pionnier de l’écotourisme, des villageois protègent leur environnement... en accueillant quelques visiteurs.
On dirait le Sud. Le temps dure longtemps. Entre ciel et eau, la mangrove plonge ses racines enrubannées d’huîtres sur des milliers d’hectares. A 180 kilomètres de Dakar, le delta du fleuve Saloum est une oasis de fraîcheur dans la touffeur de l’Afrique. Une fabuleuse réserve mondiale de biosphère, aussi, où les dauphins pointent leur museau à marée haute et où leurs frères lamantins viennent boire l’eau douce aux résurgences des sources qui tapissent le fond du delta.
Sortir des sentiers battus. Vivre la vie d’un village africain. Ici, le « tourisme équitable » n’est pas un vain mot ni un argument de catalogue pour attraper les bobos gogos occidentaux. Installés sous la moustiquaire, dans leur case de paille et de terre, Frank et Christine, un couple de trentenaires allemands, goûtent ces instants magiques. Lui, musicien new age en quête « d’énergie », cracheur de feu intermittent. Elle, enseignante, timide mais curieuse et avide de rencontres. A une demi-heure de pirogue de la première piste, ce havre de paix se mérite.
Si le campement de Keur Bamboung n’est pas d’un grand confort, Frank et Christine sont ravis. Sur cette presqu’île, la nourriture préparée par les villageois est frugale. Mais le plaisir de prendre sa douche sous un filet d’eau, en plein air, derrière des canisses, avec vue imprenable sur le delta est une autre forme de luxe. Baobabs et arbres à noix de cajou en fond de décor, le brossage de dents et le rasage deviennent des beaux-arts. Au programme de nos deux aventuriers, balade en canoë dans les entrelacs de la mangrove, safari-photo à la recherche des singes et rencontre furtive avec l’arrière-train d’un phacochère qui a confondu le campement avec sa résidence secondaire. Le soir, discussions à la lumière de la lampe-tempête avec la dizaine de villageois qui assurent le couvert et la maintenance du campement. C’est peu dire que nos deux écolos, routards new-look, sont enchantés par leur séjour, par cette Afrique « telle qu’on en rêvait »... A lire le livre d’or des clients, une majorité de Français (100 000 sont séduits chaque année par le tourisme équitable), mais aussi beaucoup d’Espagnols et quelques Américains, ce genre de séjour a un bel avenir. Il n’en existe pas encore de définition précise, mais il est « équitable » ou « solidaire » quand il prône un voyage en immersion, respectueux des villageois, de leur environnement et quand les retombées profitent à l’économie locale. Ce petit moment d’éternité coûte d’ailleurs moins cher à Frank et Christine (33 euros par personne, en pension complète) que les hôtels de la « petite côte », zone affermée au tourisme de masse dans lesquels les tour-opérateurs déversent leurs charters.
Keur Bamboung, le campement écotouristique du delta, n’est que la face émergée d’un projet beaucoup plus ambitieux mené, depuis 2003, par l’association écologiste sénégalaise Océanium (1) et par son directeur Haïdar El Ali : « Le campement n’a jamais été une fin en soi, explique cet écolo sympathique d’origine libanaise. On cherchait une activité qui profite aux 8 000 habitants de la région et dont les bénéfices serviraient à payer les salaires des trois écogardes qui protègent la réserve naturelle contre le braconnage. Car au coeur du projet, il y a l’Aire marine protégée que nous avons mise en place en 2001, en accord avec les autorités, sur une partie du delta. Le danger était grand. Il fallait interdire la pêche : les habitants du delta qui, en 1990, attrapaient en une heure 150 kilos de thiof (le mérou sénégalais), n’en prenaient plus que 10 kilos en 1998 »
Deux ans et demi de réunions, de discussions sans fin avec les pêcheurs (qui ont accepté de poser plus loin leurs filets) ont accouché de l’Aire marine protégée. Ibrahima Diamé a laissé de côté sa pirogue pour prendre la tête de la coopérative qui gère le campement : « Un tiers des bénéfices de Keur Bamboung va à l’entretien du gîte, un tiers au fonctionnement de la réserve naturelle et le reste revient à la communauté rurale, l’échelon administratif correspondant, en France, à vos communes. » Keur Bamboung, et ses vingt-quatre lits, fait travailler une dizaine de personnes des environs. Océanium a financé l’investissement ; les bénéfices du campement, ouvert début 2005, arrivent déjà à couvrir les frais de gardiennage de l’Aire marine et permettent d’envisager d’autres projets de développement.
Il serait, par exemple, tentant d’agrandir Keur Bamboung, mais Ibrahima Diamé ne veut pas détruire le fragile équilibre du delta : « On va construire encore une ou deux cases, mais pas plus. »
Jean Goepp, un jeune ingénieur d’Océanium, est depuis cinq ans le chef passionné de ce projet : « On réunit tous les trois mois des représentants des quatorze villages concernés ; on a créé un système où tout le monde doit rendre des comptes à tout le monde. Les villageois croient en ce qu’ils font. C’est notre garantie pour l’avenir, même si tout cela reste fragile. » Keur Bamboung est un défi aux sceptiques. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Sénégal est aujourd’hui une vitrine du tourisme équitable. Au début des années 70, ce pays a été le pionnier du « tourisme intégré », comme on disait à l’époque, avec les campements villageois de Casamance, dans cette région animiste, rebelle et totalement fascinante du sud.
Christian Saglio, utopiste aussi passionné qu’Haïdar El Ali, fait figure de papa du tourisme équitable. On retrouve ce ludion blond aux yeux bleus, se bagarrant, avec deux secrétaires et un téléphone en surchauffe. Directeur du Centre culturel français de Dakar, Christian Saglio est sur le départ, après avoir bourlingué pendant trente ans, d’Afrique noire au Japon. Enfant terrible de Mai 68 et des beaux quartiers de Paris, il raconte volontiers ces années 70 où, jeune ethnologue et linguiste, il a foncé comme un chien fou pour réaliser son « utopie créative » des campements autogérés : « Ils me font rire, aujourd’hui, avec leur «développement durable ! Leur "tourisme responsable" ! Il y a parfois un côté dame patronnesse qui m’énerve. Moi, je voulais surtout éviter le paternalisme. J’ai tout fait pour que les Blancs soient dépaysés ; qu’ils acceptent de manger par terre, comme les Sénégalais. Jamais plus de vingt personnes par campement pour ne pas déstabiliser le village, c’était ma règle d’or. Et une coopérative pour associer tout le monde. Le fonctionnement très communautaire de la Casamance s’y prêtait à merveille. »
Bravant l’incrédulité des notables sénégalais (à l’exception du Premier ministre de l’époque, Abdou Diouf), le jeune Christian Saglio se met alors à installer ses campements avec les villageois : sept en huit ans ! La réussite sera au rendez-vous. « Au début, les villageois ont pensé que Christian venait se faire de l’argent et que j’étais son boy, se souvient son alter ego sénégalais, Adama Goudiaby, fonctionnaire au ministère du Tourisme. Les gens ont si souvent été trompés par de belles promesses et des projets sans lendemain qu’ils n’y croyaient pas. Ce sont les femmes, qu’on avait d’ailleurs omis d’associer, (grossière erreur ! ) qui ont finalement été la clé du succès. Gardiennes de la tradition, elles sont en même temps très ouvertes au progrès. »
Les maisons d’hôte autogérées construites exclusivement avec des matériaux traditionnels devaient, dans l’esprit de Saglio, engendrer toute une économie vertueuse pour développer les villages : « Avec les rapides bénéfices, j’imaginais que la communauté allait prêter aux jeunes pour qu’ils lancent d’autres projets. En fait, et assez logiquement, ils ont préféré pallier les manques de l’Etat et investir dans le social : écoles, matériel scolaire, maternités, dispensaires »
Dans cette région délaissée, toujours suspectée de vouloir faire sécession par le pouvoir central, la belle aventure du duo Saglio-Goudiaby a été freinée par la guerre, à partir des années 80. Certains campements ont même été occupés par l’armée sénégalaise. Mais depuis 2004 et la signature d’un accord de paix entre le président Abdoulaye Wade et la principale composante de la guérilla, le tourisme équitable a repris ses droits. Aux mêmes conditions : participation de l’ensemble de la communauté villageoise au projet, transparence de la gestion et professionnalisme. Car souvent épaulé en Europe par des bénévoles généreux mais amateurs, il a besoin de spécialistes aguerris. « Les fous créent la mode, les sages la suivent », dit le proverbe. Christian Saglio et Haïdar El Ali sont deux fous qui ont réalisé leurs rêves. Mais le patron d’Océanium, sur le front de tous les combats écologiques, au Sénégal, depuis vingt ans, est parfois las. Il aimerait que les sages suivent davantage les fous. Et quand l’un de ses jeunes admirateurs vient dans la rue à sa rencontre, il lâche avec un humour acerbe : « Tu aimes ce que je fais ? Eh bien, je ne veux pas de tes compliments ! Viens plutôt me rejoindre. Car je te le dis sincèrement, je suis fatigué de travailler tout seul ».
(1) Sur l’association Océanium et Keur Bamboung : www.oceanium.org
19 août 2008
Club Med Djerba - Les balbutiements d'un tourisme responsable ?
A l’heure où le « tourisme éco-responsable » tend à devenir la dernière lubie à la mode, je ne peux m’empêcher de constater que le gouffre entre théorie et pratique reste immense…
Et c’est d’autant plus rageant quand il s’agit d’un grand voyagiste qui se vante de sa politique responsable :
« Sur l'ensemble de ses destinations, le Club Med met en place une charte de Tourisme Responsable afin de garantir des pratiques respectueuses de l'environnement (naturel et culturel) et de participer de manière éthique au développement économique local. »
C’est ainsi que le Club au trident nous sensibilise (sur son site web – page dédiée à son village « Djerba la
Fidèle ») à sa nouvelle démarche, avant de nous inviter à télécharger sa charte du "Tourisme responsable en Tunisie" dans laquelle on peut lire :
« Un mégot met des années à se décomposer, un emballage de barre de céréales des centaines d'années. La sécheresse dans le désert est telle que la dégradation naturelle peut être 1000 fois plus longue que dans d’autres milieux : avoir sur soi un petit sac poubelle permet de ne pas jeter de déchets dans la nature (même s'ils sont biodégradables). »
Grande est notre tentation d’y croire… Surtout quand on sait que le Club Med d’Opio, près de Grasse, dans les Alpes Maritimes, vient d’obtenir l’Ecolabel Européen pour les hébergements touristiques. Bénéficier d’un tel label voudrait dire que ce village est pleinement engagé dans la préservation de l’environnement (politique de gestion efficace de l’énergie, de l’eau et des déchets, mise en valeur du site, sensibilisation du personnel et des clients…).
Mais, apparemment, ce qui est valable pour les Alpes Maritimes ne l’est guère pour l’île de Djerba.
Le conseil du p’tit sac poubelle qui évite de jeter des déchets, même biodégradables, dans la nature s’adresse exclusivement au visiteur, mais guère au donneur de conseils…
Le 9 Août 2008, j’ai voulu faire découvrir à quelques amis les charmes de la Séguia, une magnifique baie - lagune juxtaposant (justement) Djerba La Fidèle... 
Un site naturel d'exception... Un des derniers à ne pas avoir été sacrifié (je suppute que la raison sous-jacente n'est nullement écologique mais purement technique) sur l'autel du tourisme de masse.
Etant sur l’île depuis quelques jours, mes amis ont appris à faire abstraction, dans l’appréciation de tout paysage
naturel, des bouteilles en plastique, sacs en plastique et divers déchets trônant ça et là…
Leur apprentissage préalable ne les a, cependant, guère préparé moralement à apprécier les plages à vaisselle !!! C’est pourtant ce que nous avons découvert dans le voisinage immédiat du Club Med : des bris d’assiettes et bols marqués au trident mythique s’éparpillant sur une dizaine de mètres le long du rivage. On aurait dit que quelques restaurants du quartier Latin se sont transposés, l’espace d’un week-end, le long du rivage djerbien.
A ce stade, je n’ai clairement plus aucune envie de disserter… ni sur la responsabilité du village quant à sa gestion des déchets, ni sur celle de ses clients qui se cantonnent à l’intérieur de ses murs et se contrefichent des réalités environnantes… Selon un proverbe tunisien, "Les coudes du galeux le démangeront..."
Cliquez sur les photos pour les agrandir. Pour revenir à la page principale : http://www.tingitingi.com
16 avril 2009
Tourisme à Djerba : Idiotie et Aveuglement...
Ces p'tites réflexions sont parties d’un article de F. Allani intitulé « Tunisie: Tourisme à Djerba - Solutions réelles pour l'île des rêves » et publié au journal La Presse du 24/12/2008. L’article (repris entièrement plus bas) n’est rien de plus qu’un compte-rendu d’une table ronde organisée par l’Association Tunisienne de Développement Touristique autour du tourisme sur l’île.
Si l’on se fie au compte-rendu, la discussion n’a débouché sur rien qui pourrait bouleverser le paysage touristique Djerbien. Elle s’est plutôt contentée :
- De souligner quelques problèmes bien connus tels que la prépondérance croissante de la formule « All-inclusive » avec ses effets d’homogénéisation (vers le bas) et de sanctuarisation, ou l’impact du tourisme sur l’écosystème de l’île ainsi que sur les comportements socio-économiques (entachés d’abus, d’agressivité et de manque de respect envers le visiteur) de certains intervenants non encadrés…
- D’énoncer un certain nombre de vœux pieux : mettre l’accent sur le patrimoine culturel de l’île et/ou de la région, encourager l’incubation de micro-projets d’animation culturelle, lutter contre l’érosion du littoral…
Rien de stratosphérique, dans tout ça… Que du vieux.
En passant, je constate que le comportement inadmissible de certains visiteurs est passé sous silence. Je ne vois nulle part mention de la montée du tourisme sexuel déguisé (impliquant nos hommes, comme nos femmes)… D’ici peu, je consacrerai un « coup de gueule » à ce phénomène inquiétant.
La discussion laisse transpercer une certaine vision bassement matérialiste. Il est clairement question de petits sous et de rentabilité.
On rêve de construire des hôtels moins chers, d’avoir un meilleur accès au crédit et une fiscalité plus clémente. Mais on ne se préoccupe guère des retombées financières minimales dont doit profiter la société d’accueil.
On s’intéresse à la formation professionnelle des jeunes, mais on ne mentionne guère la gestion calamiteuse actuellement faite des ressources humaines (bas salaires, droits sociaux quasi-inexistants, appel exagéré à la prestation de services, cumul des CDD, appel régulier au chômage technique…).
On parle de lutte contre l’érosion du littoral. Mais on oublie de mentionner le dragage régulier de certaines zones de ce même littoral, ou le nettoyage au tracteur des algues marines s’accumulant (à certaines périodes) sur les plages des hôtels… Le client/touriste est roi, me dit-on.
On discute d'écologie, mais on ne s'inquiète guère des tonnes de détritus (bouteilles en plastique et couches pour bébés, en tête) qui jonchent la plage et la compagne...
La table ronde aurait pu s’arrêter là. J’aurais pu y voir une avancée non négligeable puisqu’elle a, au moins, le mérite de mettre en avant les soucis les plus flagrants (en espérant leur trouver des solutions, un jour), et de tenter de mieux cerner les problématiques complexes induites par le tourisme au sein d’un système éco-social.
Mais non… Les intervenants ont préféré s’enfoncer un peu plus dans leurs contradictions…
Ils appellent à la réalisation de parcours de golfe supplémentaires. Car c’est bien connu : la région ne sait plus quoi faire de ses ressources en eau, tellement ses nappes phréatiques sont importantes…
Là, ce n’est plus de la contradiction, mais de l’idiotie et de l’aveuglement.
Je ne peux que me rendre à l’évidence, encore une fois : le souci de préservation de l’environnement (écologique, culturel et social) et la course effrénée à la rentabilité financière sont deux choses incompatibles.
Ci-après, l'article en question...
Tunisie: Tourisme à Djerba - Solutions réelles pour l'île des rêves
Foued Allani – La Presse - 24 Décembre 2008
Une table ronde sur le bilan et les perspectives du tourisme dans cette destination-phare organisée par l'ATDT. Le bilan globalement positif du tourisme, à l'île de Djerba, ne doit pas occulter les problèmes existants ou pouvant surgir plus tard et qui pourraient compromettre sa position de destination-phare dans le tourisme mondial.
C'est, en tout cas, ce qui a pu se dégager du compte-rendu de la discussion autour d'une table-ronde organisée l'autre dimanche sur les lieux, par l'Association tunisienne de développement touristique (ATDT), tel que nous l'a rapporté M. Lotfi Khayat, président de l'Association.
Entrant dans le cadre d'une visite dans la région organisée par ladite organisation qui regroupe les anciens du secteur, le débat sur le tourisme à Djerba est survenu après une suite de débats similaires organisés par la même structure et ayant intéressé plusieurs régions et destinations, telles que tour à tour El Kef, Kairouan, Monastir
Animé par le président de l'ATDT, le débat sur le tourisme à l'île de Djerba auquel ont pris part les professionnels de la région a essayé de ratisser large. Il a, en effet, touché les produits et leur commercialisation, les ressources humaines, l'investissement, l'environnement naturel et humain.
Tels que formulés par le rapport final, les problèmes, dont bon nombres sont similaires à ceux dont souffrent d'autres régions, semblent sérieux. «Avec une typologie de commercialisation qui consolide la position dominante du tour opérateur européen», peut-on y lire.
A cela s'ajoute : «Une saisonnalité encore un peu marquée», et ce, malgré les multiples avantages du climat.
Toujours dans le volet gestion, la discussion a encore mis à l'index «la vogue» des formules de location des unités hôtelières à des opérateurs étrangers.
Résultat, une certaine déresponsabilisation du propriétaire vis-à-vis de son établissement. Celle-ci ne manquera pas d'avoir un impact négatif sur la pérennité de son produit.
Il y a eu aussi mise à l'index de la formule du «All inclusive», elle aussi en vogue et qui, selon le rapport, présente l'inconvénient de pousser à l'homogénéisation de la qualité des services «plutôt vers le bas». Cela sans oublier le fait qu'elle «limite le déplacement des touristes vers les espaces extra-hôteliers».
Les participants ont également soulevé le problème du régime de la taxation jugée élevée avec pour, entre autres impacts, une atteinte à la compétitivité du secteur.
Ils ont dénoncé d'un côté le coût de construction des hôtels qui, selon eux, est élevé par rapport à celui pratiqué même dans certains pays européens, tels que l'Espagne ou le Portugal.
La durée de réalisation d'un projet hôtelier, qui à Djerba serait de trois ans, n'est d'ailleurs que d'une seule année en Espagne, ont-ils fait remarquer.
Dans le même volet financier, le rapport cite le problème de l'endettement qui, selon les participants, «exige des mesures adéquates en vue de faire face aux contraintes actuelles et potentielles de la crise économique internationale».
Le rapport traite aussi des problèmes liés à la gestion des ressources humaines, notamment au niveau des compétences professionnelles.
Ils ont ainsi jugé le système de formation tant public que privé incapable de répondre aux besoins quantitatifs et qualitatifs du secteur. Ils ont dans ce volet précis cité le retard enregistré dans la mise à niveau de l'école hôtelière de Djerba. Retard qu'ils ont qualifié d'«inquiétant».
Plusieurs autres problèmes ont été soulevés, tels que l'absence de stratégie claire pour l'intersaison, la dégradation de l'écosystème de l'île, l'environnement humain entaché par certains comportements jugés néfastes (les beznessas par exemple), le manque d'exploitation des richesses culturelles et patrimoniales locales et régionales, le manque «flagrant» d'animation aussi bien diurne que nocturne.
Non au bradage des prix, oui pour la diversification
Se voulant positifs et pratiques, les participants ont énoncé un ensemble de recommandations touchant les volets évoqués.
Ils ont ainsi recommandé de lutter contre la tendance consistant au bradage des prix «dès les premiers signes de fléchissement de la demande touristique».
Ils ont appelé d'un autre côté à «l'élaboration d'un système d'incitation à l'investissement favorisant la création de micro-projets d'animation touristique et culturelle à la portée des jeunes diplômés de l'enseignement supérieur».
Ils ont, par ailleurs, recommandé «davantage de concertation entre les professionnels de la région afin d'harmoniser les politiques commerciales».
Les participants ont également recommandé de revoir à la hausse les «budgets de publicité et de promotion afin de neutraliser le déficit en termes d'image», jugé «flagrant» et par là «stimuler les réseaux de vente».
Côté produits, ils ont appelé à la réalisation de parcours de golf supplémentaires, et ce, afin de répondre selon eux «à la forte demande d'une clientèle argentée, peu exposée aux effets de la crise économique mondiale».
Concernant la protection de l'environnement, les participants ont recommandé de lutter contre le phénomène de l'érosion du littoral qui «risque de menacer la qualité des plages, principal atout touristique» de l'île.
Ils ont également appelé à «l'adoption d'une vision d'aménagement durable préservant les équilibres naturels des nouvelles zones protégées de Lella Hadhria à Djerba et Lella Halima à Zarzis».
Les participants à la table ronde ont enfin recommandé «la mise en place d'un mécanisme de concertation et de coordination entre le ministère du Tourisme et celui de la Culture» pour que, selon eux, «le tourisme culturel ne reste par une simple vue de l'esprit» et pour qu'il puisse participer «à la dynamique touristique régionale».




























