Tingitingi : Agir pour un Autre Tourisme

Le label Tingitingi® vise à promouvoir un tourisme équitable, solidaire, socialement et écologiquement responsable. Loger chez l’habitant (en location saisonnière, en location de vacances ou en chambres d’hôtes) n’est qu’un petit pas dans ce sens.

12 janvier 2008

Les provocateurs de toutes violences...

Certains ont pu trouver choquantes les paroles de l’abbé Pierre... Pas moi :

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides et qui ayant tout, disent avec une bonne figure, une bonne conscience "Nous... nous qui avont tout... on est pour la paix..."
Je sais ce que je dois leur crier à ceux là : "Les premiers violents, les provocateurs de toutes violences, c’est vous !"
Et quand le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants avec votre bonne conscience, au regard de Dieu, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients que n’en aura jamais le désespéré qui a pris des armes pour essayer de sortir de son désespoir. »

On peut penser tout ce qu'on veut de l'abbé Pierre (et être réfractaire à toutes phrases contenant le terme "Dieu"), mais on ne peut renier la profondeur du regard qu'il a pu porter sur ce monde...

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19 août 2008

Club Med Djerba - Les balbutiements d'un tourisme responsable ?

A l’heure où le « tourisme éco-responsable » tend à devenir la dernière lubie à la mode, je ne peux m’empêcher de constater que le gouffre entre théorie et pratique reste immense…

Seguia_1Et c’est d’autant plus rageant quand il s’agit d’un grand voyagiste qui se vante de sa politique responsable :
« Sur l'ensemble de ses destinations, le Club Med met en place une charte de Tourisme Responsable afin de garantir des pratiques respectueuses de l'environnement (naturel et culturel) et de participer de manière éthique au développement économique local. »
C’est ainsi que le Club au trident nous sensibilise (sur son site web – page dédiée à son village « Djerba laDechets_4 Fidèle ») à sa nouvelle démarche, avant de nous inviter à télécharger sa charte du "Tourisme responsable en Tunisie" dans laquelle on peut lire :
« Un mégot met des années à se décomposer, un emballage de barre de céréales des centaines d'années. La sécheresse dans le désert est telle que la dégradation naturelle peut être 1000 fois plus longue que dans d’autres milieux : avoir sur soi un petit sac poubelle permet de ne pas jeter de déchets dans la nature (même s'ils sont biodégradables). »

Grande est notre tentation d’y croire… Surtout quand on sait que le Club Med d’Opio, près de Grasse, dans les Alpes Maritimes, vient d’obtenir l’Ecolabel Européen pour les hébergements touristiques. Bénéficier d’un tel label voudrait dire que ce village est pleinement engagé dans la préservation de l’environnement (politique de gestion efficace de l’énergie, de l’eau et des déchets, mise en valeur du site, sensibilisation du personnel et des clients…).

Mais, apparemment, ce qui est valable pour les Alpes Maritimes ne l’est guère pour l’île de Djerba.
Le conseil du p’tit sac poubelle qui évite de jeter des déchets, même biodégradables, dans la nature s’adresse exclusivement au visiteur, mais guère au donneur de conseils…


Seguia_4Le 9 Août 2008, j’ai voulu faire découvrir à quelques amis les charmes de la Séguia, une magnifique baie - lagune juxtaposant (justement) Djerba La Fidèle... Seguia_3

Un site naturel d'exception... Un des derniers à ne pas avoir été sacrifié (je suppute que la raison sous-jacente n'est nullement écologique mais purement technique) sur l'autel du tourisme de masse.

Etant sur l’île depuis quelques jours, mes amis ont appris à faire abstraction, dans l’appréciation de tout paysage Dechets_2naturel, des bouteilles en plastique, sacs en plastique et divers déchets trônant ça et là…

Dechets_1Leur apprentissage préalable ne les a, cependant, guère préparé moralement à apprécier les plages à vaisselle !!! C’est pourtant ce que nous avons découvert dans le voisinage immédiat du Club Med : des bris d’assiettes et bols marqués au trident mythique s’éparpillant sur une dizaine de mètres le long du rivage. On aurait dit que quelques restaurants du quartier Latin se sont transposés, l’espace d’un week-end, le long du rivage djerbien.

Dechets_3A ce stade, je n’ai clairement plus aucune envie de disserter… ni sur la responsabilité du village quant à sa gestion des déchets, ni sur celle de ses clients qui se cantonnent à l’intérieur de ses murs et se contrefichent des réalités environnantes… Selon un proverbe tunisien, "Les coudes du galeux le démangeront..."



Cliquez sur les photos pour les agrandir. Pour revenir à la page principale : http://www.tingitingi.com

23 janvier 2009

Une génération perdue pour la paix... Encore une.

«Quand je serai grande, je rejoindrai la résistance. Car on ne m’a rien laissé d’autre pour le reste de ma vie.» : Ceci est la réaction d’une gamine de 13 ans à la dissémination de sa famille par les soldats de Tsahal (Libération - 23 Janvier 2009). Avec ses exactions commises à Gaza, Israël s’est mise à dos toute une nouvelle génération de palestiniens… Une génération qui, jusqu’à hier, paraissait capable de transgresser le poids de l’histoire collective, est aujourd’hui perdue (et pour toujours) pour la paix. Tablant sur une espérance de vie de 60 ans parmi la population palestinienne, Israël a simplement semé les graines de la haine et du désespoir qu’elle récoltera au fil des 45 prochaines années.
A la veille des accords d’Oslo, j’ai pu rêvasser d’une paix durable et juste… A l’époque, du haut de mes vingt ans, je me rendais déjà compte de la complexité de ce conflit, de l’impossibilité de changer les faits établis, et donc de la nécessité d’une cohabitation équitable. L’histoire a un poids qu’on ne peut déplacer… Vingt ans plus tard, Israël (du moins, en partie) n’a toujours pas atteint la maturité intellectuelle d’un gamin de vingt ans, encore moins son pragmatisme. C’est malheureux de le constater…
Vingt ans après, avec ce qui s’est passé à Gaza, je me suis surpris, pour la première fois de ma vie, en train de penser que dans ces conditions, et sans changement de cap, Israël ne sera plus là dans vingt ou trente ans. Israël sera emportée par ses propres aberrations. C’est bien un pronostic froid et neutre que je fais ici. Aucune haine, aucune rage, aucun sentiment, rien d’autre qu’une projection rationnelle… Ce n’est qu’une suite logique des conneries qu’on laisse s’accumuler depuis des décennies.
Ceux qui me connaissent savent très bien que, venant de ma part, un tel pronostic est aussi neutre que de penser que le S&P500 va encore dégringoler de 300 points : une suite logique des aberrations passées…

Ceci est l'article dont je parle... (Libération - 23 Janvier 2009)

Gaza. Retour sur les lieux d’une attaque de Tsahal dénoncée par les organisations humanitaires.

Les Samouni, famille brisée par un «crime de guerre»
ZEITOUN (bande de Gaza), envoyé spécial JEAN-PIERRE PERRIN

[Ce sont les adolescents qui racontent le mieux ce qui s’est passé les 4 et 5 janvier à Zeitoun, une petite ville proche de Gaza et de la frontière avec Israël. Des filles comme Almaza Samouni, 13 ans, qui a perdu sa mère, Leïla, ses quatre frères, Ismaïl, Isaac, Nassar et Mohammed, et plusieurs cousins et cousines. Ou Kanaan Attia-Samouni, 12 ans, qui a vu un soldat israélien tirer quasiment à bout portant sur son père devant la porte de sa maison, puis sur son petit frère Ahmed, tué d’une balle dans la tête. Les Samouni, une famille d’agriculteurs plutôt aisés, perdront - d’après nos informations - 22 des leurs dans ce que les organisations humanitaires considèrent comme un «crime de guerre délibéré». Parmi eux, neuf enfants et sept femmes. Sept autres parents plus éloignés, dont trois enfants et deux vieillards, seront aussi tués. Si l’on fait le bilan des victimes, ce sont plus de 70 personnes qui ont trouvé la mort ou ont été blessées. Le bilan fourni hier par Amnesty International, qui enquête à Gaza, est encore plus lourd : 40 tués, dont 33 pour la famille Samouni.

«Les bras levés». La longue avenue Saladin, qui mène au hameau, apparaît déjà comme la prémonition du désastre. Un tsunami semble avoir remonté la rue, détruisant sur plusieurs kilomètres maisons, mosquées, ateliers, usines. La fabrique de jus de fruits Star a brûlé. Même sort pour Palestine Automobiles, le principal garage de voitures d’occasion. Des vergers entiers d’oliviers et de palmiers ont été déracinés. Une petite rue mène ensuite au hameau : deux maisons très abîmées mais debout, quelques autres par terre. La mosquée a rendu l’âme. On ne la reconnaît que parce que le chapeau du minaret trône au milieu des décombres. L’endroit pue la charogne. Des centaines de volailles, mais aussi des vaches, des ânes et chèvres, gisent sur le sol. On piétine l’intimité des maisons : le linge, les vêtements, les tenues nuptiales, les photos de famille, les livres d’enfants, les meubles, tout a été jeté à la rue et mêlé à l’ordure. A l’intérieur de l’une des demeures survivantes, où les soldats s’étaient installés, tout a été souillé. On a percé les murs pour faire des meurtrières, les sacs de sable sont encore dans l’escalier. On a écrit aussi sur les murs, en anglais ou en hébreu : «Arabs need 2 die» («les Arabes doivent mourir»), «Arabes vous pouvez courir mais pas vous cacher». Un dessin représente une tombe : «Arabes : 1948-2009.»

Drap blanc. C’est le 4 janvier, vers 6 heures du matin, qu’une unité israélienne prend possession du hameau. La famille Attia-Samouni est alors réunie autour du thé. Quand le père, Attia, 45 ans, entend les soldats s’approcher, il sort sur le pas de la porte en criant «S’il vous plaît, ne tirez pas, il y a des enfants.» Il tombe aussitôt foudroyé. «J’ai vu celui qui a tiré. C’était un soldat africain [d’origine éthiopienne, ndlr]. Mon père avait les bras levés», raconte Kanaan. Des «bombes de feu» - sans doute des grenades fumigènes - sont ensuite lancées dans la pièce où s’était installée la famille, en tout 18 personnes. Les explosions referment la porte, fracassée la seconde suivante par des rafales, - on peut voir les impacts sur les murs. Il y a aussi du sang, celui de Ahmed, 4 ans, tué par balle. Sa mère, Zahwa, qui tient un bébé de 10 jours, est aussi touchée mais assez légèrement. «A cause de la fumée, on ne pouvait plus respirer. Le nez des enfants saignait», dit-elle, Puis, les soldats leur ordonnent de sortir et d’aller jusqu’à la route. «Ils criaient : "On va tous vous tuer, allez à la mort." Avant, ils nous ont obligés à enlever nos vêtements. Comme si des enfants pouvaient cacher des armes.» La maison des Attia sera ensuite détruite au bulldozer.
Quand on demande à Almaza, l’orpheline de 13 ans, où est sa maison, elle répond «mais vous marchez dessus». Un engin a tellement aplati la demeure qu’on ne la distingue plus de l’amoncellement de caillasses et de fange qui s’étend alentour. Almaza, a fait partie du groupe de 90 personnes que les soldats ont rassemblé et poussé vers un entrepôt. Ils y resteront vingt-quatre heures. «Il n’y avait rien à manger, rien à boire, pas de lait pour les bébés.» Alors le lundi 5 janvier, vers 6 h 30 du matin, quelques personnes bravent l’interdiction pour essayer de trouver des provisions. A peine ont-ils ouvert la porte qu’un missile est tiré sur la maison, suivi d’un deuxième une minute plus tard, puis d’un troisième. A l’intérieur, c’est l’horreur. Du sang et de la fumée partout. Derrière un drap blanc, les survivants parviennent à sortir. Parmi eux, Waed Samouni, père de six enfants, blessé à la tête, dont les parents ont été tués. S’il parvient à s’enfuir avec quatre de ses fils, il est obligé d’abandonner sa fille Aza, 3 ans, et Omar, 4 ans, dans l’entrepôt détruit. «Omar est resté deux jours à côté de sa petite sœur morte. Quand on l’a retrouvé, il ne voulait pas partir sans elle.»

«Résistance». Car ce n’est que le 7 janvier que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) parviendra à secourir les blessés, l’armée israélienne empêchant ses ambulances d’accéder à Zeitoun. L’interdiction provoquera la colère de Pierre Wettach, chef de la délégation du CICR, qui, fait exceptionnel, sort de sa réserve : «Les militaires israéliens n’ont pas fait en sorte que le CICR ou le Croissant-Rouge puissent leur venir en aide, ni respecté leur obligation de prendre en charge les blessés, comme le prescrit le droit international humanitaire.» Les survivants enfin évacués, l’entrepôt sera rasé. Avec les cadavres à l’intérieur. Almaza, elle, vient chaque jour errer sur les ruines : «Quand je serai grande, je rejoindrai la résistance. Car on ne m’a rien laissé d’autre pour le reste de ma vie.» ]

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05 avril 2009

Le dromadaire ne voit guère sa bosse...

Lundi 9/3/2009, dans un entretien publié par "Le Parisien", le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer Yves Jégo qualifie de "dérapage verbal inadmissible" les propos tenus par le porte-parole du LKP Elie Domota contre les patrons blancs qui refusent d'appliquer l'accord sur l'augmentation des bas salaires.

Le jeudi précédent, le leader du LKP Liyannaj Kont Pwofitasyon (Ensemble contre la surexploitation) aurait déclaré en créole (je ne garantie guère la traduction): «Soit ils appliqueront l'accord, soit ils quitteront la Guadeloupe. Nous sommes très fermes sur cette question là. Nous ne laisserons pas une bande de békés rétablir l'esclavage», a ajouté le leader du LKP. Une référence directe aux descendants de colons blancs, accusés de monopoliser les richesses, qui ravive le spectre de tensions raciales dans une île à l'histoire marquée par l'esclavage.

Le lendemain de ces déclarations (la justice peut être rapide quand elle le veut bien !), le parquet de Pointe-à-Pitre a annoncé l'ouverture d'une enquête judiciaire, notamment pour provocation à la haine raciale et tentative d'extorsion de signature.

M. Jégo ajoute «Quelle que soit l'intensité d'un conflit social, dire à une catégorie de la population 'faites ça ou partez' n'est évidemment pas acceptable. Il faut que chacun revienne à l'esprit républicain »
Interrogé sur l'enquête judiciaire pour provocation à la haine raciale ouverte par le parquet de Pointe-à-Pitre, "la justice doit faire son travail. Les lois de la République sont les mêmes pour tout le monde", a-t-il réagi.
Mais bien sûr… Comment une telle vérité fondatrice aurait pu m’échapper si longtemps ? Les lois de la République sont les mêmes pour tout le monde.

Connaissez-vous une seule autre personne ayant proférer des paroles aussi polémiques que celles de M. Domota sans être inquiétée par la justice ?

Malheureusement, j’en connais au moins une, et de taille !!! Ce qui me fait dire que M. Jégo navigue quelque part entre le mensonge, l’hypocrisie et l’amnésie volontaire…

Les paroles de M. Domota, aussi polémiques soient-elles, seraient-elles vraiment différentes de celles prononcées par notre cher président, le 22 avril 2006, devant les nouveaux adhérents de l’UMP (à l’époque, il était ministre de l’intérieur) : un mélange détonnant de démagogie et de xénophobie qui a fait un tabac auprès des quelques 2000 personnes venues s’en abreuver… «S'il y en a que cela gêne d'être en France, qu'ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu'ils n'aiment pas» a-t-il lancé. Cette phrase rappelle le slogan de Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF) : "La France, tu l'aimes ou tu la quittes"

A ma connaissance, M. sarkozy n’a jamais été inquiété. Il s’est même permis de remettre une couche dans un discours prononcé à Agen (le 22/6/2006), en tant que candidat à l'élection présidentielle de 2007 : "Ceux qui n'aiment pas la France, ceux qui exigent tout d'elle sans rien vouloir lui donner, je leur dis qu'ils ne sont pas obligés de rester sur le territoire national". Il a aussi dénoncé pêle-mêle "ceux qui ont délibérément choisi de vivre du travail des autres, ceux qui pensent que tout leur est dû sans qu'eux-mêmes ne doivent rien à personne (...), ceux qui, au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie, préfèrent chercher dans les replis de l'Histoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard (...), ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires pour exiger une compensation que personne ne leur doit plutôt que de chercher à s'intégrer par l'effort et par le travail."

Un dicton tunisien dit « Le dromadaire ne voit guère sa bosse ». M. Jégo, M. sarkozy et les autres devraient commencer par balayer devant leur porte.

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09 mai 2009

Vulnérable est la démocratie...

Devant la montée des totalitarismes, rien n’est plus vulnérable qu’une démocratie dont les citoyens ont démissionné de leur rôle de garde-fou. Quelles que soient les institutions en place, quelle que soit leur crédibilité / légitimité en tant que garantes de la démocratie, notre vigilance doit rester entière.

L’engagement civique et la vigilance intellectuelle sont l’ultime barrière contre le fascisme… Et contrairement aux apparences, ce dernier n’est jamais vraiment loin.

Pour vous en convaincre, je vous invite à parcourir le bouquin de Naomi Wolf : « The End of America : Letter of Worning to a Young Patriot », ou de lire l’article qui lui a été consacré dans The Guardian du 24 Avril 2007 « Fascist America, in 10 easy steps »

Entre la démocratie et le fascisme il n'y a pas de différence du point de vue du "contenu de classe", nous enseigne Werner Hirsch (Die Internationale, janvier 1932). Le passage de la démocratie au fascisme peut prendre le caractère d'un "processus organique", c'est-à-dire se produire "progressivement et à froid".

Gardez ça en tête. Vous en aurez sûrement besoin un jour… En attendant ce jour que j'espère lointain (car je n'ai pas fini de prendre mes précautions), prenez le temps de lire le message de Claude-Marie VADROT.

Car, le fascisme guette...

Claude-Marie VADROT : interdiction politique d’un prof au Muséum (Paris)

Claude-Marie Vadrot, journaliste à Politis et chargé de cours à Paris 8 souhaite diffuser largement ce message.

Vendredi 10 avril 2009

Je suis inquiet, très, très inquiet...

Vendredi dernier, à titre de solidarité avec mes collègues enseignants de l’Université de Paris 8 engagés, en tant que titulaires et chercheurs de l’Education Nationale, dans une opposition difficile à Valérie Pécresse, j’ai décidé de tenir mon cours sur la biodiversité et l’origine de la protection des espèces et des espaces, que je donne habituellement dans les locaux du département de Géographie (où j’enseigne depuis 20 ans), dans l’espace du Jardin des Plantes (Muséum National d’Histoire Naturelle), là où fut inventée la protection de la nature. Une façon, avec ce « cours hors les murs », de faire découvrir ces lieux aux étudiants et d’être solidaire avec la grogne actuelle mais sans les pénaliser avant leurs partiels.

Mardi, arrivé à 14 h 30, avant les étudiants, j’ai eu la surprise de me voir interpeller dés l’entrée franchie par le chef du service de sécurité, tout en constatant que les deux portes du 36 rue Geoffroy Saint Hilaire était gardées par des vigiles...

- Monsieur Vadrot ?
- euh...oui
- Je suis chargé de vous signifier que l’accès du Jardin des Plantes vous est interdit.
- Pourquoi ?
- Je n’ai pas à vous donner d’explication....
- Pouvez vous me remettre un papier me signifiant cette interdiction ?
- Non, les manifestations sont interdites dans le Muséum.
- Il ne s’agit pas d’une manifestation, mais d’un cours en plein air, sans la moindre pancarte.
- C’est non !

Les étudiants, qui se baladent déjà dans le jardin, reviennent vers l’entrée, le lieu du rendez vous. Le cours se fait donc, pendant une heure et demie, dans la rue, devant l’entrée du Muséum. Un cours qui porte sur l’histoire du Muséum, l’histoire de la protection de la nature, sur Buffon. A la fin du cours, je demande à nouveau à entrer pour effectuer une visite commentée du jardin. Nouveau refus, seuls les étudiants peuvent entrer, pas leur enseignant. Ils entrent et, je décide de tenter ma chance par une autre grille, rue de Buffon. Où je retrouve des membres du service de sécurité qui, possédant manifestement mon signalement, comme les premiers, m’interdisent à nouveau l’entrée.

Evidemment, je finis pas le fâcher et exige, sous peine de bousculer les vigiles, la présence du Directeur de la surveillance du Jardin des Plantes. Comme le scandale menace il finit par arriver. D’abord parfaitement méprisant, il finit pas me réciter mon CV et le contenu de mon blog. Cela commence à ressembler à un procès politique, avec descriptions de mes opinions, faits et gestes. D’autres enseignants du département de Géographie, dont le Directeur Olivier Archambeau, président du Club des Explorateurs, Alain Bué et Christian Weiss, insistent et menacent d’un scandale.

Le directeur de la Surveillance, qui me dit agir au nom du Directeur du Muséum (où je pensais être honorablement connu), commençant sans doute à discerner le ridicule de sa situation, finit par nous faire une proposition incroyable, du genre de celle que j’ai pu entendre autrefois, comme journaliste, en Union soviétique :

"Ecoutez, si vous me promettez de ne pas parler de politique à vos étudiants et aux autres professeurs, je vous laisse entrer et rejoindre les étudiants"

Je promets et, évidemment, ne tiendrai pas cette promesse, tant le propos est absurde. J’entre donc avec l’horrible certitude que, d’ordre du directeur et probablement du ministère de l’Education Nationale, je viens de faire l’objet d’une « interdiction politique ». Pour la première fois de mon existence, en France.

Je n’ai réalisé que plus tard, après la fin de la visite se terminant au labyrinthe du Jardin des Plantes, à quel point cet incident était extra-ordinaire et révélateur d’un glissement angoissant de notre société. Rétrospectivement, j’ai eu peur, très peur...

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23 mai 2009

A tous ces ridicules qui veulent (pensent) nous éclairer...

Je n'ai pu m'empêcher de reprendre ces quelques perles du bêtisier de la finance. Heureusement que le ridicule ne tue guère...

En ce début de l'an 9, il est temps de décerner quelques « Médailles » aux différents experts qui se sont penchés cette année sur notre économie...

Prix de la plus belle « Analyse boursière »
Décerné à David Naudé, économiste et analyste senior de la Deutsche Bank, pour cette déclaration prophétique faite le 1er janvier 2008.« Aux Etats-Unis, l'embellie arrivera certainement mi-2008. En Europe la reprise prendra sans doute quelques mois de plus. En tout cas, il n'aura pas de krach cette année ! » Nous attendrons avec impatience l'analyse des analystes seniors de la Deutsche Bank pour 2009

Prix de la plus belle « Déclaration politique »
Décerné à Eric Woerth, ministre du budget pour cette petite phrase : « Par nature, la France n'est pas en récession ». Le prochain sommet de la francophonie devrait d'ailleurs proposer la suppression de ce mot, qui n'existe que dans les pays anglo-saxons.

Et à Dominique Strauss-Kahn, directeur du FMI pour ces deux déclarations « Il y a de bonnes raisons de penser que les institutions financières ont révélé l'essentiel (des dégâts), surtout aux Etats-Unis (...) Les pires nouvelles sont donc derrière nous" (mai 2008) et « La crise financière est "mondialisée", et aucun pays n'échappera à ses effets qui seront pires en 2009 que cette année » (le même DSK réincarné en décembre 2008)

Prix de la meilleure « Analyse en matières premières »
Décerné sans hésitation à la banque Goldman Sachs, avec une mention spéciale pour le timing, pour sa prévision d'un baril à 200 $ « dans un délai de 6 mois à 2 ans », faite en mai 2008. Goldman Sachs a entre temps un peu modifié son objectif, qui est passé de 200 à 45 $ en l'espace de 6 mois. Nous en sommes aujourd'hui autour de 60$, après être passés par 30$.

Prix du meilleur « Article de presse »
Il revient de droit au « Journal des Finances », avec là aussi une mention pour le timing absolument parfait, avec ce superbe titre dans sa une du 13 septembre 2008 : « CAC 40, le pire est passé ». Deux jours après la parution de ce numéro, le CAC entamait une grande vague de baisse, qui le fit passer de 4 332 à 3 176 points en moins d'un mois.

Prix du plus beau « Gaspillage financier »
Décerné à l'état américain, qui a réussi à faire passer sa dette publique nette de 5 276 milliards à 6 434 milliards en seulement 5 mois, de juillet à décembre 2008 (+ 1 158 milliards de $), ce qui le place bien loin devant tous les Madoff et Kerviel

Prix de la meilleure « Notation de risque bancaire »
Décerné à l'agence de notation Standar & Poors, pour avoir octroyé la note A+ à Lehman Brothers en mars 2008 (6 mois avant la faillite) en précisant ceci « The near-term earnings prospects remain at least somewhat brighter" » ce qui pourrait être traduit par : « A court terme, les perspectives de gain sont plutôt prometteuses »

Prix de la meilleure « Analyse immobilière »
Décerné à la FNAIM pour cette affirmation dans sa lettre de conjoncture d'avril 2008: « Tout semble indiquer que les comportements spéculatifs se sont progressivement dissipés et que le risque d'un retournement de marché mériterait d'être écarté »

30 juin 2009

Une grenouille à moitié cuite...

Sommes-nous tous, finalement, de pauvres grenouilles à moitié cuites ?

La fable qui suit (entièrement due à Olivier Clerc, écrivain et philosophe) en dit long sur notre fâcheuse tendance à nous laisser berner… Une métaphore qui, j’ose espérer, ne peut vous laisser indifférents…

"Imaginez une marmite remplie d'eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite, l'eau chauffe  doucement. Elle est bientôt tiède.  La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager.

La température continue à grimper. L'eau est maintenant chaude. C'est  un peu plus n'apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s'affole pas pour autant.

L'eau est cette fois vraiment chaude. La grenouille commence trouver cela désagréable, mais elle s'est affaiblie, alors elle supporte et ne fait  rien.

La température continue à monter jusqu'au moment où la grenouille va tout  simplement finir par cuire et mourir.

Si la même grenouille avait été plongée directement dans l'eau à 50°, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l'aurait éjectée aussitôt de la marmite.

Cette fable montre que, lorsqu'un changement s'effectue d'une manière  suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte. Si nous regardons ce qui se passe dans notre société depuis quelques décennies, nous subissons une lente dérive à laquelle nous nous habituons.  Des tas de choses qui nous auraient horrifiés il y a 20, 30 ou 40 ans, ont été peu à peu banalisées, édulcorées, et nous dérangent mollement à ce jour, ou laissent carrément indifférents la plupart des gens.

AU NOM DU PROGRÈS et de la science, les pires atteintes aux libertés individuelles, à la dignité du vivant, à l'intégrité de la nature, à la beauté et au bonheur de vivre, s'effectuent lentement et inexorablement avec la complicité constante des victimes, ignorantes ou démunies. Les noirs tableaux annoncés pour l'avenir, au lieu de susciter des réactions et des mesures préventives, ne font que préparer psychologiquement le peuple à accepter des conditions de vie décadentes, voire DRAMATIQUES. Le GAVAGE PERMANENT d'informations de la part des  médias sature les cerveaux  qui n'arrivent plus à faire la part des  choses...

Lorsque j'ai annoncé ces choses pour la première fois, c'était pour demain. Là, C'EST POUR AUJOURD'HUI. Alors si vous n'êtes pas, comme la grenouille, déjà à moitié cuits,  donnez le coup de patte salutaire avant qu'il ne soit trop tard."

05 novembre 2009

La Peur des Barbares...

"Nous construisons notre civilisation avec des murs qui nous protègent de “l’autre”, forteresse contre les éléments, les bêtes sauvages, la différence."  (Extrait du Mur de Simone Bitton)

Nous fêtons en fanfares les vingt ans de la tombée du mur de Berlin, alors que dans d'autres contrées, de nombreux murs physiques (pour ne parler que de ceux là) ont été édifiés depuis : Israël-Palestine, USA-Mexique, Inde-Bangladesh… Des murs de l’impuissance et de la peur d’un côté, de l’humiliation et de la haine de l’autre. Nous avons laissé pousser ces barrières de béton et de barbelés sous nos yeux, souvent approbateurs, sinon indifférents.

Vous êtes-vous déjà posés la question de qui a construit le premier mur ? de ce qu’il a pu avoir en tête au moment des faits ? et pour quel résultat ?

Chaque mur se proclame différent des autres dans sa nature, dans la problématique sous-jacente, sa raison d’être (immigration clandestine, forces indépendantistes, lutte armée, terrorisme, annexion de territoires…) , dans sa signification, dans son histoire fondatrice… Mais, comme le dit si bien Tzvetan Todorv (essayiste et historien, auteur de « La Peur des Barbares »), un point commun les relie : "c’est la mise en place d’une solution bancale destinée à conjurer la peur de l’autre"

La liste des murs est plutôt longue et ne fait que s’allonger. J’ai même l’impression que le mouvement pro-mur ne fait que commencer… Sans vouloir (ni pouvoir, d’ailleurs) être exhaustif, en voilà quelques uns :

  • Chine : La Grande Muraille de Chine de 2200 kms de long, construite au IIIe siècle avant J.-C. pur maintenir à distance les Huns
  • Angleterre – Ecosse : Le Mur d’Hadrien, érigé au IIe siècle par les Romains sur toute la largeur de l'Angleterre (120km) pour protéger le sud de l'île des attaques des tribus de l'actuelle Ecosse.
  • Corée : 140 kms de long, construit en 1963 dans la zone démilitarisée séparant les deux Corées.
  • Chypre : La fameuse « Ligne verte » (180 km qui n’ont de vert que le nom) construite entre 1964 et 1974.
  • Irlande : 15km de « lignes de paix », construits en 1969 à Belfast, puis à Portadown et Londonderry pour séparer les catholiques des protestants.
  • Sahara Occidental : 2000 km construits entre 1980 et 1986 pour repousser les attaques du Front Polisario et annexer une partie de l'ancienne colonie espagnole.
  • Etats Unis – Mexique : 900 km construits, en 1994, le long de la frontière, au nord du Rio Grande, pour se prémunir contre l’immigration clandestine. Les migrants illégaux passent plus difficilement. Mais ils passent quand même, souvent en prenant beaucoup plus de risques (traversée du désert impliquant plus de 370 morts en 2009)
  • Espagne – Maroc : 12km de barbelés(de 3 mètres 50 de haut) autour des enclaves espagnoles en Afrique du Nord, Ceuta et Melilla, construits en 1995 pour arrêter l’immigration clandestine vers l’Europe.
  • Inde – Pakistan : 550 km de barrière électrifiée, construits entre 2002 et 2003 pour enclaver le Cachemire Indien.
  • Irak : 5km de mur construits par les Américains à Bagdad (entrepris en 2007), avec l’objectif d’isoler le bastion sunnite d’Adamiya difficile à « sécuriser ».
  • Israël – Palestine : 700 km de béton armé, en construction depuis 2002 entre Israël et la Cisjordanie pour se prémunir des activités (terroristes pour les uns, de lutte armée légitime contre l’occupation, pour les autres). Ce mur n’est pas bâti sur la frontière entre les deux territoires (la fameuse « Ligne verte » !), mais empiète (parfois de quelques dizaines de kilomètres) sur des terres palestiniennes, empoisonnant la vie de tous les jours de milliers de palestiniens. Ce mur a été déclaré illégal par la Cour internationale de justice de La Haye, sans résultats palpables.

D’autres murs sont déjà programmés (sud musulman de la Thaïlande, frontières Saoudiennes avec l’Irak au nord, et le Yémen au sud, entre le Pakistan et l’Afghanistan, entre la Géorgie et l'Abkhazie …), avec tout l’appareillage de surveillance hyper-sophistiqué qui va avec…

Dans tous ces exemples, le mur ne fait que dresser une communauté, un peuple ou une catégorie socio-économique contre un autre, que diviser des populations que tout condamne à vivre ensemble, qu’attiser la le ressentiment, la haine et le désespoir des uns, le mépris et la peur des autres. Chacun de ses murs est en soi un aveu d’échec et de faiblesse.

Le temps accomplit toujours son œuvre et les murs finissent par tomber. Aucun mur au monde ne pourra se dresser éternellement devant l’instinct de survie, ni la soif de liberté. « Quand ils comprennent que seuls des fils de fer barbelés, un mur de 3,5 mètres de haut, un désert ou une rivière les séparent d’un espoir de vivre décemment, ils partent », résume Tzvetan Todorv . Ce constat ne peut, cependant, être d’un grand réconfort pour ceux qui en souffrent au jour le jour.

Et puis…

"Les murs dont nous devrions avoir le plus peur ne sont-ils pas ceux qu’on ne voit pas, ceux auxquels on croit, tout simplement ?”

Posté par tingitingi à 18:55 - Coups de gueule - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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